Après tout, c’est ce qui fait la célébrité de l’Ile de Pâques, non ?
En premier lieu, qu’est-ce qu’un moai ?
Il représente une lignée. Le plus important, le Roi ; puis les chefs de clan, en général les neveux ou les cousins, les chamans ou guérisseurs et enfin cela peut être un maître, c’est à dire une personne très experte dans son domaine. Seuls ces lignées peuvent avoir leur moai.
Les moais sont tous positionnés sur des ahu (plateformes), qui peuvent être une simple butte de terre pavée de pierres rondes, sur cette butte il peut y avoir une plateforme construite en pierres ou même encore une autre plus fine.

Un ahu comme sur la photo du haut -Ahu Tongariki- représente des années et des années de travail.
On considère qu’il faut un an à 30 personnes pour tailler un moai, et plusieurs mois à autant de personnes pour le déplacer jusqu’à son ahu.
Les moais proviennent tous du même endroit, Rano Raraku, la falaise d’un cratère où la coulée de lave -le basalte -est assez épaisse pour sculpter le moai en un bloc. S’il y avait plusieurs coulée plus fines, le moai ne pourrait pas tenir. En fait, lorsque l’on regarde cet endroit de haut, c’est un cratère. Et c’est bien possible que « Rano » veuille dire cratère car mon endroit bien aimé, le cratère au sud-ouest s’appelle Rano Kau.

Concrètement, le moai commence à être sculpté de face : son visage – yeux, nez, bouche- puis le cou et le buste. Lorsque cette partie est terminée, ils commencent à dégager autour du moai dans la lave pour le sortir de la lave.

Ils le font alors glisser dans la pente sur une espèce de lit de pierres rondes jusqu’à une butte qui permet de le redresser. Alors ils finissent de le sculpter : apparaissent les oreilles, le cou s’affine, les bras. Enfin, le dos est terminé et l’on peut voir les bras et la colonne vertébrale.

Tous les moais de cette photo ont le corps enterré. Il a été décidé de les laisser ainsi pour les protéger de l’érosion.
Pour le visiteur, c’est presque plus impressionnant que les moais en situation, on se rend compte de leur taille et de leur masse.
De face, on remarque un nombril proéminent, c’est le signe de l’ainé. Le cordon ombilical de l’ainé était coupé de façon spécifique par le père (avec les dents) pour que l’enfant ait de l’énergie à transmettre à ses frères et sœurs, sachant que, au fur et à mesure des grossesses, la mère perdait de son énergie.
On remarque également de très longs doigts, ce sont les ongles car ils ne se coupaient jamais les ongles, pour bien montrer qu’ils ne travaillaient pas.


Le moai terminé, il faut maintenant l’amener sur son ahu, à des kilomètres de là, jusqu’à 20km. Le socle du moai était incliné de façon à être en équilibre à 30°. Ensuite, on le faisait avant comme un culbuto : on le mettait en équilibre avec des cordes et d’autres cordes permettaient de le faire tourner, re-en équilibre, re-tourner et ainsi de suite pendant très longtemps. Et avec un haut risque de casse.
Le Moai, c’était donc la lignée. Lorsqu’un enfant naissait, on mettait le placenta sous le moai et lorsque qu’une personne mourrait, on mettait les os.
Dans un premier temps, on mettait le corps dans un linge – le corps ne devant pas toucher la terre- exposé aux oiseaux et autres insectes, les crabes aussi car ils étaient près de la mer, qui se chargeaient de le nettoyer. Quand il ne restait qu’un peu de chair, il était mis dans l’eau et les poissons, crevettes … finissait le travail. Les os étaient alors parfaitement propres et l’on pouvait les mettre sous le moai, mais jamais en contact avec la terre.
Tous les moais debout sont restaurés. Beaucoup ont été détruits par les guerres, les tsunamis, les tempêtes, d’autres ont été volontairement mis à terre pour les protéger.
Des explorateurs sont venus à l’île de Pâques, cependant, ils n’ont pas marqué un réel intérêt pour ces statues. James Cook, par exemple, débarqua sur l’île en 1774 et y consacre quelques lignes dans son journal de bord « il y a des statues » !! C’est un autre anglais, William Malloy, qui se passionna pour l’Ile et ses exceptionnelles manifestations culturelles dans les années 50. Il y vécu un peu plus d’une année et fut à l’origine de nombreuses restaurations majeures. Ceux qui étaient en meilleur état, bien sûr, et que l’on pouvait reconstituer.
Il n’y en a qu’un avec des yeux : l’ahu Tahai. Il est pourtant prouvé que les moais avaient des yeux car on a retrouvé des brisures de corail près d’eux. Aujourd’hui, à part le moai Tahai, les yeux sont conservés je ne sais où et on ne les met que pour les cérémonies.

Le blanc des yeux est en corail et la pupille en scorie (orthographe ?), du même matériau que le chignon. Car sur la tête du moai, le Pukao, c’est un chignon et non pas un chapeau comme on le pense au premier abord. Le roi et les personnages importants ne se coupaient jamais les cheveux car ils pensaient que l’énergie était dans les cheveux. Encore aujourd’hui, les parents ne coupent pas les cheveux de leur garçon, ce sont d’autres personnes qui le font.
Petite anecdote à propos du moai Tahai : j’y suis pour la première fois, c’est le milieu de l’après-midi et je vois une jeune asiatique arriver toute affolée : « où est le sunset ? » Je lui fais remarquer qu’il est environ 4h de l’après-midi et que le coucher de soleil est entre 20 et 21h. A ce moment arrive un garde qui ne parle pas anglais mais un peu de français, je fais donc l’interprète. Il indique une direction, plutôt vers le nord, en disant par là. Etrange… en fait je comprendrai plus tard qu’il y a un resto, dans cette direction, qui s’appelle le sunset.
Et justement, en allant dîner un soir au sunset (pour moi un des meilleurs restaurants de l’ile), je découvre plein de gens assis sur la pelouse attendant le sunset devant l’Ahu Tahai.

Pour finir, comment et pourquoi a-t-ton arrêté de faire des moais ?
La personne qui voulait un moai passait commande à un sculpteur pour une somme donnée. Le sculpteur achetait au propriétaire du terrain l’emplacement de lave où il allait pouvoir faire son moai. Le moai était fait avec une équipe d’ouvriers-sculpteurs, un an environ. Le moai commence à être acheminé vers sa destination finale et … il se casse.
Catastrophe !
Celui qui a passé commande demande au sculpteur de recommencer mais celui-ci n’a plus d’argent pour acheter l’emplacement. Le propriétaire lui dit qu’il peut le payer en travail.
Les ouvriers-sculpteurs doivent travailler pour refaire le moai et aussi pour payer le propriétaire. Un an de plus pour retailler un moai. Il est à nouveau cassé lors du déplacement… encore plus de travail, etc, etc… un jour, ils ont dit « ça suffit, on arrête » et ils ont arrêté immédiatement, on a trouvé des outils -ciseaux à sculpter, pierre ponce et rochers de plage- à côté des moais en cours de réalisation.
Mais alors ? pourquoi autant de moais (400) en cours de réalisation dans cette carrière de lave, Rano Raraku ?
3 Comments
Cette année 2025 démarre magnifiquement pour toi Adeline ! Merci de nous partager tes émotions et de nous faire découvrir tant de beautés !
Bonne route et j’ai hâte de te lire
Berenice
Joyeux Noël au milieu des Moais. Nous c’est beaucoup plus classique.
Nous t’embrassons. Derreys’ family
merci Véro
Joyeux Noël à vous tous
Gros baisers